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Nous aurions pu nous bala­der toute l’après-midi, mais…

C’était une très belle après-midi pour se bala­­­­­der : le soleil prin­­­­­ta­­­­­nier était géné­­­­­reux. Pour­­­­­tant, cela n’a pas empê­­­­­ché les citoyennes et citoyens de venir dans nos locaux pour parti­­­­­ci­­­­­per à l’ar­­­­­pen­­­­­tage du livre de Guillaume Lohest, qui était égale­­­­­ment présent afin de répondre aux inter­­­­­­­­­ro­­­­­ga­­­­­tions autour de son ouvrage Entre démo­­­­­cra­­­­­tie et popu­­­­­lisme.

Guillaume a souli­­­­­gné que son livre avait été écrit lors de cette vague de la montée de l’ex­­­­­trême droite en 2019. Aujourd’­­­­­hui, alors que le contexte poli­­­­­tique inquiète toujours autant, le groupe, avide d’en apprendre davan­­­­­tage sur les causes de cette situa­­­­­tion, était heureux de l’ac­­­­­cueillir.

Les craintes parta­­­­­gées par les parti­­­­­ci­­­­­pants étaient multiples, mais un fil rouge se déga­­­­­geait : la fragi­­­­­lité actuelle de notre démo­­­­­cra­­­­­tie, en Belgique, en Europe et dans le monde. L’en­­­­­vie de comprendre et d’ana­­­­­ly­­­­­ser ce chan­­­­­ge­­­­­ment de para­­­­­digme était le moteur de leur présence. Comment résis­­­­­ter ? Comment répondre à ces discours nauséa­­­­­bonds ? Qu’est-ce que la démo­­­­­cra­­­­­tie et le popu­­­­­lisme ? Comment vivre sans se sentir submergé par les conflits idéo­­­­­lo­­­­­giques du quoti­­­­­dien ? Comment agir sans ligne d’ho­­­­­ri­­­­­zon, tout en gardant l’op­­­­­ti­­­­­misme d’an­­­­­tan, à une époque où nous avions l’im­­­­­pres­­­­­sion de savoir où nous allions ?

Voici quelques-unes des réflexions qui ont émergé de cet échange avec l’au­­­­­teur, à partir de son livre et des expé­­­­­riences person­­­­­nelles des parti­­­­­ci­­­­­pants.

Des témoi­­­­­gnages comme un instan­­­­­tané du moment

Ces témoi­­­­­gnages consti­­­­­tuent une photo­­­­­gra­­­­­phie des préoc­­­­­cu­­­­­pa­­­­­tions actuelles de ce groupe de citoyens face à une actua­­­­­lité anxio­­­­­gène. Ils pré­­­­­sentent leur point de vue, mais invitent à une réflexion collec­­­­­tive plus large. Bonne lectu­­­­­re…

Perte de conscience démo­­­­­cra­­­­­tique et montée des discours extrêmes

Pour Françoise, nous avons perdu conscience que la démo­­­­­cra­­­­­tie est un acquis ; elle est deve­­­­­nue banale. Elle souligne la libé­­­­­ra­­­­­tion des discours racistes et constate qu’au nom de la démo­­­­­cra­­­­­tie, certains pays comme les États-Unis inter­­­­­­­­­viennent mili­­­­­tai­­­­­re­­­­­ment, souvent de manière catas­­­­­tro­­­­­phique, dans d’autres pays comme la Syrie, lorsqu’ils y trouvent un inté­­­­­rêt géos­­­­­tra­­­­­té­­­­­gique. Pour elle, les valeurs fonda­­­­­men­­­­­tales de la démo­­­­­cra­­­­­tie se délitent. Navrée, elle s’in­­­­­ter­­­­­roge : qu’est-ce qu’un pouvoir fort aujourd’­­­­­hui ?

Elle se ques­­­­­tionne aussi sur les moti­­­­­va­­­­­tions des élec­­­­­teurs de l’ex­­­­­trême droite : S’agit-il d’un choix plei­­­­­ne­­­­­ment conscient ? 70 % de la popu­­­­­la­­­­­tion souhaite un pouvoir fort et de l’ordre, mais que cela signi­­­­­fie-t-il réel­­­­­le­­­­­ment ? Pourquoi cette fixa­­­­­tion sur les migrants ? Françoise conclut : Le monde est de plus en plus binaire, et cela me fatigue.

La récu­­­­­pé­­­­­ra­­­­­tion des mots et l’im­­­­­por­­­­­tance du langage

Sabine rebon­­­­­dit sur l’im­­­­­por­­­­­tance du sens des mots, souvent détour­­­­­nés par l’ex­­­­­trême droite. Elle évoque par exemple le nom du mouve­­­­­ment, les Équipes Popu­­­­­laires, qui pour­­­­­rait être récu­­­­­péré sous une autre forme : les Équipes Popu­­­­­listes ? Elle insiste sur la néces­­­­­sité de connaître l’éty­­­­­mo­­­­­lo­­­­­gie des termes : travail, issu du latin tripa­­­­­lium (instru­­­­­ment de torture), ou encore révo­­­­­lu­­­­­tion, qui signi­­­­­fie à l’ori­­­­­gine retour en arrière.

Elle mentionne aussi une étude montrant que les sympa­­­­­thi­­­­­sants d’ex­­­­­trême droite ont souvent peu de liens avec la vie asso­­­­­cia­­­­­tive et sont cultu­­­­­rel­­­­­le­­­­­ment éloi­­­­­gnés de cette réalité. Pour elle, la démo­­­­­cra­­­­­tie ne se limite pas au vote : elle se vit aussi dans le collec­­­­­tif et dans l’en­­­­­ga­­­­­ge­­­­­ment citoyen.

Elle s’in­­­­­ter­­­­­roge égale­­­­­ment sur les gilets jaunes, mouve­­­­­ment popu­­­­­laire qui a occupé un vide et qui a, en partie, été récu­­­­­péré par l’ex­­­­­trême droite.

Guillaume répond en expliquant que le gilet jaune était un symbole fédé­­­­­ra­­­­­teur, derrière lequel il n’y avait ni parti, ni idéo­­­­­lo­­­­­gie, ni valeurs communes. Chacun pouvait s’y iden­­­­­ti­­­­­fier. Il précise que le popu­­­­­lisme n’est pas l’apa­­­­­nage de l’ex­­­­­trême droite et qu’il existe un popu­­­­­lisme de gauche, poten­­­­­tiel­­­­­le­­­­­ment posi­­­­­tif. Toute­­­­­fois, l’ex­­­­­trême droite a su récu­­­­­pé­­­­­rer ce discours en adop­­­­­tant une posture colé­­­­­rique et réduc­­­­­trice. Il illustre cela en expliquant que Marine Le Pen crée volon­­­­­tai­­­­­re­­­­­ment de la confu­­­­­sion en repre­­­­­nant des reven­­­­­di­­­­­ca­­­­­tions sociales tout en défen­­­­­dant des inté­­­­­rêts oppo­­­­­sés aux droits sociaux et aux services publics.

Les médias et la construc­­­­­tion du récit poli­­­­­tique

Mari­­­­­nette met en garde contre la dicho­­­­­to­­­­­mie et l’iden­­­­­ti­­­­­fi­­­­­ca­­­­­tion systé­­­­­ma­­­­­tique d’un ennemi. Pour elle, les médias ont une grande part de respon­­­­­sa­­­­­bi­­­­­lité : J’ai souvent envie d’écrire à la RTBF, car leur manière de commu­­­­­niquer oriente les spec­­­­­ta­­­­­teurs. Elle souligne la néces­­­­­sité de nuance dans l’ana­­­­­lyse des récits de guerre et insiste sur le devoir de neutra­­­­­lité des médias.

Guillaume illustre la complexité des enjeux géopo­­­­­li­­­­­tiques en évoquant les frappes chimiques à Damas et les réac­­­­­tions, ou absences de réac­­­­­tion, de l’Oc­­­­­ci­dent et des États-Unis. Il est très diffi­­­­­cile de défi­­­­­nir un ennemi unique. Qui soutient qui, et pourquoi ?

L’im­­­­­por­­­­­tance du collec­­­­­tif et les dangers de l’in­­­­­di­­­­­vi­­­­­dua­­­­­lisme

Peter inter­­­­­­­­­vient : Il faut éviter de se cloi­­­­­son­­­­­ner et de s’en­­­­­fer­­­­­mer dans des clans idéo­­­­­lo­­­­­giques. Il souligne que la poli­­­­­tique et les situa­­­­­tions évoluent en perma­­­­­nence et qu’il ne faut pas figer ses idées. Il inter­­­­­­­­­roge : Où se trouve la fron­­­­­tière du droit ? Il prend l’exemple du racisme et de sa percep­­­­­tion mouvante.

Il s’inquiète aussi de la glori­­­­­fi­­­­­ca­­­­­tion de l’in­­­­­di­­­­­vi­­­­­dua­­­­­lisme par les médias, qui créent sans cesse de nouveaux besoins illu­­­­­soires. Il met en garde contre la stra­­­­­té­­­­­gie du chaos, utili­­­­­sée par des figures comme Donald Trump pour donner l’illu­­­­­sion d’un plan alors qu’il n’y en a pas. Pour lui, il est urgent de se recen­­­­­trer sur les besoins primaires et de réap­­­­­prendre à vivre en commu­­­­­nauté.

Guillaume ajoute : Ce sont les tripes qui fait la bascule pas les idéaux. Les gens ont peur de perdre quelque chose, et c’est cette peur qui motive leur choix.

Agir malgré l’in­­­­­cer­­­­­ti­­­­­tude

Lynda conclut en posant la ques­­­­­tion : Que faire ou ne pas faire ? Pour elle, il est essen­­­­­tiel d’oser la conflic­­­­­tua­­­­­lité et de ne pas hiérar­­­­­chi­­­­­ser les luttes. Il faut aller au contact des gens et vivre la réalité de l’en­­­­­ga­­­­­ge­­­­­ment. Elle exprime sa joie de consta­­­­­ter que des espaces comme les Équipes Popu­­­­­laires existent encore et que des personnes s’in­­­­­ter­­­­­rogent et agissent. On peut choi­­­­­sir de s’ef­­­­­fon­­­­­drer en regar­­­­­dant le monde s’ef­­­­­fon­­­­­drer, ou choi­­­­­sir d’être heureux et d’agir.

Peter renché­­­­­rit : Oui, il y a de l’es­­­­­poir. Mais restons vigi­­­­­lants : l’ex­­­­­trême droite est extrê­­­­­me­­­­­ment bien orga­­­­­ni­­­­­sée sur les réseaux sociaux.

**Der­­­­­nières réflexions en vrac **

  • Il est diffi­­­­­cile de créer du collec­­­­­tif et de main­­­­­te­­­­­nir l’éner­­­­­gie.
  • Nous sommes submer­­­­­gés d’in­­­­­for­­­­­ma­­­­­tions, ce qui nous disperse.
  • C’est plus facile quand on a du temps, comme les retrai­­­­­tés.
  • Je ne vois plus de récit mobi­­­­­li­­­­­sa­­­­­teur pour dyna­­­­­mi­­­­­ser le collec­­­­­tif.
  • Nous avons toujours eu l’ha­­­­­bi­­­­­tude d’une vision concrète de l’ave­­­­­nir. Peut-on avan­­­­­cer sans savoir où nous allons ?
  • Dans le chaos, il y a du bon… il permet de recréer.
  • Travaillons la grati­­­­­tude chaque jour.

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